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Gouvernance écologique et intégrale/Témoignage

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Témoignage de Adèle Côte, Loueur d'étoiles : "Les cercles de gouvernance écologique à l’écoute du corps"

Émergence de nouvelles forme - tribus qui con-tribu(ent) au vivre bien ensemble.

La découverte du cercle de Gouvernance écologique fut ma première bouffée d’air dans un monde nouveau. A Malakoff, en filigrane de la ville s’est révélée la promesse d’un territoire émerveillant où mon peuple intérieur avait toujours rêvé de vivre : la terre arable où mes ailleurs humains pourraient enfin germer. J’y ai pressenti les fraîches fragrances de l’humus et de la paix, de la mousse et de la liberté, de l’écorce mouillée et d’une nouvelle peau.

A Malakoff, trois jours de stage animés par Isabelle Desplats et Redouane Saloul aux « Ateliers du devenir humain » (le titre évoque bien l’immensité du chantier) ont véritablement rafraîchi et lavé ma confiance en l’humanité. Je m’y suis en quelque sorte déshabillée de moi-même pour entrer avec toute ma vulnérable nudité dans le bain d’une altérité bienveillante.

Comment parler d’une telle expérience, qui par essence ne peut se partager qu’en la vivant ?

Mon témoignage sera donc plutôt une invitation à ce plaisir intense qu’inspire le laisser-être dans un collectif où chacun quitte les oripeaux usés de la souffrance et de la problématique personnelle pour s’abandonner à cet autre de lui-même qui lentement se révèle dans la chaleur du cercle.

Une approche sensorielle qui recentre

Ici la chaleur est littérale et le plaisir convoque tous les sens : l’orientation (car le plaisir est aussi un guide et un indicateur) le sensible et le sensoriel. Le cercle enrobe le corps dans un espace hors du plan de la réalité antérieure (nous étions à Malakoff et ailleurs). Il met véritablement nos représentations dans l’alambic de la question. La toute première image à fondre dans l’athanor est celle a priori de son propre corps. Douze personnes, assises en rond, ont recomposé mes rapports d’appartenance au monde : sur l’horizon des tyrannies familiales et des hiérarchies comprimantes s’est levé un devenir où l’individu peut dépasser la fatalité d’une violence archaïque que subit sa nature depuis la nuit des temps. A l’aube de ce lien sociétal s’étire une lumineuse notion : la solidarité cellulaire. Pour l’éveiller doucement jusqu’à la cohérence corporelle et l’homéostasie il faut avant tout beaucoup d’attention à soi.

Cette écoute spécifique se nomme chez les thérapeutes la proprioception, c’est-à-dire l’écoute à l’écoute de la sensation (auditive, visuelle, tactile, émotionnelle, etc.) et non plus l’attention à l’objet entendu, vu senti, etc. Non plus ce que je sens, ce que je vois, mais comment je sens et comment je vois. Non plus ce que je vais dire mais comment ma parole va s’accorder à ce que je suis en train de percevoir de ma pensée et de mes émotions. Quelle partie de moi a le plus besoin de s’exprimer ? Mes sentiments sont-ils des sensations en train d’être perçues par la conscience de ce que je suis en train de vivre ? Ou bien sont-ils des frustrations d’hier, des mots enfermés depuis si longtemps qu’ils osent à peine s’autoriser à désigner mon épuisement ou bien mon désespoir ? Suis-je encore dans cet avant bavard ou bien suis-je là, dans le silence actif d’un instant qui prend forme ? Autrement dit : dans quelle temporalité de moi-même suis-je donc ?

Du Je fragile au Nous solide d’air (solidaire)

Lorsque nous avons commencé chacun à quitter nos vieilles idées reçues (postées par qui ?) et pu regarder sans honte celles des autres, j’ai réalisé que nous commencions à peine à nous installer dans le cercle. Ce qui était là avant, au début du stage, était tout juste en train de partir, ne laissant en chacun qu’un formidable désir d’être enfin cet autre qui se révélait par sa capacité à dire et vivre le « nous » en une curieuse et aérienne simplicité. L’atmosphère s’est fluidifiée au fur et à mesure de l’accordage de chacun à un rythme plus lent, comme si, en s’espaçant, la respiration goûtait l’air autrement, comme si le vide léger de l’espace respecté de l’autre devenait plus nourrissant pour nos poumons. Le silence scandant les prises de parole laissait les mots délivrer tout leur parfum : le sens pouvait enfin se déployer dans la lenteur… Plus d’urgence à se dire, juste savourer la parole de l’autre qui habite pleinement son palais et transforme mon oreille en spectateur émerveillé. J’ai soupesé le poids de mon ego à l’incroyable soulagement de son repli, un peu comme on prend conscience de l’étroitesse de ses chaussures en les enlevant. Le nous a commencé à se fortifier dans le souffle limpide de la reliance. Et quid de la tentation de voyeurisme ou de la farouche pudeur ? Volatilisée ! Le profond respect de nos fragilités dévoilées, dans la conscience de vivre l’accès délicat à nos trésors intérieurs, a d’emblée mis à l’écart les « egos » revanchards, rivaux ou jaloux. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas tenté de revenir parmi nous tout au long des trois jours mais j’ai remarqué une chose : le cercle possède un extraordinaire et quasi-naturel pouvoir de vigilance. C’est du reste logique puisque, comme je l’ai écrit plus haut, il enseigne un art véritable de l’attention.

La pratique des tours de parole

La parole circule à travers chaque membre du cercle, on ponctue sa prise de parole en disant : j’ai fini.

Lorsque celui qui me précédait dans le cercle prit la parole (que personne ne peut interrompre et qui devient un territoire inviolable), lorsque, apaisée par le fait que je n’avais pas besoin de répondre (comme dans un débat), mon attention put se poser. Elle était dégagée de ces obligations intellectuelles qu’imposent trop souvent des discussions où l’on écoute plus ce que l’on aurait à objecter que ce que l’autre énonce. Puisque je n’avais plus ni à intervenir, ni à répondre, je pouvais enfin consentir pleinement à l’écoute, un peu comme une hôtesse qui prendrait un moment pour goûter ses mets avec ses invités sans s’inquiéter des plats qui mijotent dans la cuisine. Quel soulagement ! La paix serait aussi une sensation de légèreté dans les oreilles et dans le cœur.

J’ai pris conscience que mon compagnon de cercle ne cherchait pas à donner un avis hors-sol déconnecté de toute posture. J’ai entendu par toutes les peaux de mon corps (le tympan en est une, mais tout le corps en possède à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur) vibrer l’intention (l’intonation) de sa parole ; j’ai senti la température particulière de sa con-centration et donc de son être là, à lui, à NOUS. Le présent de l’indicatif s’accorde à ce qui se déroule lorsque le sujet consent à converger vers sa présence, vers le seul temps où il puisse advenir. La présence est la rencontre d’une vibration et d’une partie de soi que la durée met en mouvement (stimulation), une ondulation en soi à soi.

L’intention, la pulsation du cercle

L’univers est une sphère où le centre est partout et la circonférence nulle part. Pascal Dans les cercles de gouvernance, la circonférence est délimitée par des sujets qui adhèrent à une intention commune. C’est sur ce point central que va s’échafauder un projet.

C’est cette intention posée et dès lors ouverte au partage, que les différents at-tributs (les membres de la tribu) vont observer, clarifier et faire pousser dans le jardin du cercle.

Plus nous écouterons l’intention, plus elle nous entendra. L’étymologie du mot intention s’enracine dans le mot intendere : entendre, tendre vers. L’étymologie du mot écouter : auscultare (même famille qu’auris qui donnera oreille) amène à ausculter. L’écoute serait donc une auscultation de nos réactions sensorielles, ce que les fascia-thérapeutes nomment aussi intero-ception.

Ici se dessinent doucement les liens qui vont de l’intention à l’attention. Il s’agit dans les deux cas de tendre, de se tendre vers. Le membre du cercle est un arc tendu vers lui-même et les autres. On dira dans la théorie physique des cordes que chacun est une corde et que c’est la vibration de chaque corde qui détermine la matière créée. Il faudrait ici qu’un physicien creuse la question mais j’aime à penser que le cercle fait de nous des arcs qui se tendent et vibrent, créant ainsi la matière même du nous. « Le tout est supérieur à la somme des parties » écrit Pascal. Je lis ici le mot supérieur non dans l’ordre de la hiérarchie mais dans celui de l’expansion et de la transformation qualitative de la matière. Il y aurait ici encore tant à développer…

De la pulsation au rayonnement

Revenons un instant à l’intention centrale couvée par le soin des points de la circonférence. Cette véritable matrice du projet va se relier au cœur de chacun, s’animant ainsi des pulsations qu’elle reçoit. Comme un jeune cœur, elle va battre du battement de chacune des cellules qui la constitue. Des liens interactifs se tressent entre le centre et les habitants de la circonférence ; ils se renforcent réciproquement pour former des rayons et l’intention devient un moyeu.

Le cercle se transforme ainsi en une roue qui va catalyser nos énergies et se mettre en mouvement.

Chaque intervention nourrit la force commune et « le désaccord devient de la ressource » pour reprendre le philosophe Patrick Viveret, et non plus de la chair à conflit.

Une fois immergé dans la bienveillance et la souplesse du laisser être, le désaccord cesse de comprimer le cœur. Il sait qu’il sera entendu et accueilli. Le désaccord se détache enfin de la Carabosse mal venue que chacun redoute (jusqu’au refoulement), refusant de l’inviter. Or que nous apprend le conte de « La Belle au Bois Dormant » ? La fée Carabosse devient cruelle justement parce qu’elle n’a pas été conviée ! Cela donne à réfléchir à deux fois sur notre qualité d’hôte de nous-même. Il y a en nous une conscience enthousiaste qui reconnaît la scansion de l’intention et qui dansera tout naturellement si son battement est clair. Carabosse n’était pas invitée et le cœur de la fête ne battait pas son plein. Il faudra le conte en entier pour que la pulsion retrouve le goût de la danse.

La pulsion, pour devenir pulsation, c’est-à-dire construite et rythmée, doit accorder à.

Le cercle est à présent une roue à rayon qui tourne, démultiplie et canalise les forces de chacun. Le cercle enfin rayonne littéralement ! Tel un astre il prend place dans la galaxie du nouveau monde.

L’activation des cercles entre eux

La deuxième partie du processus de gouvernance écologique va veiller à l’articulation harmonieuse des roues entre elles. Chaque cercle rayonne à partir d’une intention particulière qu’il va falloir relier aux autres. Ici le rôle de la personne qui est désignée comme double lien est crucial mais je ne développerai pas. Je dirai simplement que le double lien est, en substance, celui qui va re-présenter un cercle dans un cercle composé d’autres doubles liens. C’est ainsi que vont pouvoir se mailler et circuler les projets pour fabriquer du réel. Les tours de parole vont permettre de vérifier que chacun a bien compris l’intention, qu’il est à l’aise avec une explication, qu’il rallie une proposition ou qu’une objection est bien levée (si ce n’est pas le cas, il faudra encore des tours jusqu’à ce que chaque membre se sente en cohérence avec l’étape du projet). Lentement et inexorablement va se mettre en place une gouvernance proche d’un processus astrophysique et moléculaire, expansif et fertile.

Le processus de gouvernance écologique est aussi une alternative aux souffrances grandissantes issues du système pyramidal fermé et par conséquent rigide. En effet, qu’est-ce que la dureté si ce n’est le manque de circulation entre des parties ? La respiration donne la souplesse (respirer c’est avoir de l’espace), elle irrigue par une libre articulation les membres devenant corps. Un cercle fermé (privé) est par essence vicié donc vicieux puisqu’il n’y a ni circulation ni ouverture.

Les cercles de gouvernance écologique ne sont pas des clubs où des Happy Few ou Very Important Person, viennent réchauffer leur peur des autres et de la différence. Les cercles de gouvernance respirent par la bienveillance et l’ouverture de chacun. Nous verrons aussi dans la partie consacrée à l’articulation des cercles entre eux que la communication et l’ouverture des cercles est consubstantielle à la gouvernance écologique.

La pyramide en question

Certes la pyramide est un monument édifiant et d’une forme parfaite. Mais elle est avant tout un tombeau où l’on pose le cadavre d’un pharaon et de d’autres personnes de son entourage (dont certaines auraient sans doute été bien heureuses de vivre encore un peu au grand air). Qu’elle évoque le nombre d’or, le triangle parfait avec au-dessus (ou au centre) l’œil de la providence d’un dieu Big Brother ou du Grand Architecte (on choisit selon ses convictions), la pyramide est de toute façon indubitablement et irrémédiablement close. Claustrophobe ou non, qui souhaiterait vivre en son sein ? L’image de la pyramide peut paraître majestueuse et harmonieuse de l’extérieur. Le système pyramidal, quant à lui, ne propose aucune stimulation esthétique, il phagocyte.

Il me paraît essentiel de désamorcer un tel système afin de redonner du souffle et de la rondeur à la structuration collective et au collectif. Flaubert écrivait : « la forme c’est le fond qui remonte. » La forme de la pyramide s’érige comme un outil de répression et d’exclusion au service d’une humanité en manque d’elle-même qui n’a pas encore foi en sa capacité de bienveillance et d’accueil. Voilà le fond ! Cette humanité timide réclame un homme providentiel qui pourrait la protéger de sa propre nature dont elle craint l’animalité en l’associant à la brutalité… Elle ne sait pas encore que celui qui fuit son animalité laisse libre cours à la bête ! Celui qui a un jour observé les différents animaux en a saisi l’incroyable diversité et la grande maîtrise de leurs capacités. Un loup qui vous mordille pour vous sentir et vous appréhender connaît exactement la puissance de sa mâchoire et l’affûtage de ses canines. Celui qui a regardé une lionne chasser a pu remarquer qu’elle ne prélevait de la vie que le strict nécessaire pour nourrir sa tribu. A-t-on déjà vu un guépard tuer dix antilopes pour en congeler neuf ? Les mondes animaux ont tant à nous apprendre sur nous-mêmes. Il serait temps de faire alliance. Mais revenons à nos moutons et à notre grégarisme : le système pyramidal permet l’ancrage d’un pouvoir dont l’unique volonté consiste à écraser la puissance des autres. Seul le pouvoir de, autrement dit la capacité, nous oriente vers l’émancipation. Dans le terreau de cette liberté responsable, les créativités débordantes et généreuses aiment à voir s’épanouir celle de l’autre. Elles ne se redoutent pas car elles n’ont rien à s’envier. « Tout ce qui n’émancipe pas abrutit », écrit Jacques Rancière (Le maître ignorant). Le pouvoir tout court, c’est-à-dire amputé du de (pouvoir de) qui est « puissance d’être et d’agir », pour citer le philosophe Spinoza, est une arme de compression d’autrui. Si la destruction massive en est l’abus le plus horrifiant, l’armement et la guerre en sont le socle. Si le pouvoir redoute tant la paix, c’est qu’elle prouve son inutilité. Il est aussi une menace pour celui qui la tient, car nul n’échappe à la règle de la compression et de l’explosion. Les cocottes-minute en sont le culinaire témoignage ! Il y a une énergie humaine, enfermée dans la volonté égotique de celui qui exerce la domination. Cette énergie sous pression peut aussi déprimer sous l’effet de la force encore plus répressive de la soumission… Dans ce cas elle se retourne contre celui-là même qui la subit. Ce pouvoir-là ne donne que l’illusion de se partager, car celui qui s’en approche est immédiatement dévoré ou bien dévore son rival. Le point culminant de la pyramide, qu’il soit d’or ou non, a une particularité : il n’y en a qu’un ! Ce point peut parfois donner l’illusion d’être une plate-forme d’où plusieurs arrivés ou élus peuvent ensemble admirer la vue, le temps de reprendre leur souffle. Mais ils ne tarderont pas à s’étriper ! Ne nous leurrons pas : le système pyramidal est consubstantiel au Mono, qu’il soit théiste, régalien ou autre.

Hissé, à force d’acharnement, à la position la plus élevée de la pyramide, l’homme de pouvoir peut se croire non plus élu mais L’élu, l’unique souverain qui n’a plus que Dieu comme égal ou rival. Cette place stratégique lui permet d’affirmer comme vérité un point de vue d’autant plus incontestable qu’il n’y a plus d’humain, ni au-dessus, ni à côté, pour interroger sa posture. Mais qu’y a-t-il à côté de ce pouvoir hors-sol et coupé de son territoire d’élection ? Qu’y a-t-il à côté de cet humain propulsé hors de son humanité par un système qui l’a coupé de ses perceptions racinaires ? Qu’y a-t-il près de ce chef qui oublie de chanter les voix des hommes qui l’ont élu ou choisi ? « Un arbre seul s'étend rabougri dans sa solitude » dit Kant. Il n’y a plus qu’un être seul défait de toute altérité y compris de la sienne : l’altérité de soi-même est mise en résonance par la conscience de l’autre, et sans ce stimulus qui lui donne du mouvement, elle s’altère (étymologie : autre, ici, étrangère à elle-même), se rétracte en asséchant son humanité. Le pouvoir altère l’altérité qui est le principe même du vivre ensemble et de toute forme de gouvernance harmonieuse.

Le pouvoir saisit le gouvernail (étymologie de gouverner) pour aller où bon lui semble, il n’emmène jamais, il traîne le peuple, puisqu’il écrase la dynamique intérieure de la responsabilité individuelle, de la gouvernance de soi et la liberté. Pour gouverner au sens historique du mot, il faut un équipage, une équipe. Or que nous dit le dictionnaire Larousse du mot équipe ? « Groupe de personnes travaillant à une même tâche ou unissant leurs efforts dans le même dessein. » La gouvernance, l’art de gouverner, implique donc une collaboration par essence collective. Le capitaine est nommé pour sa capacité à valoriser, avec leur consentement, l’énergie des membres de l’équipage, c’est-à-dire de tous les gouvernails individuels. Quelle dynamique de propulsion !

C’est vers cela que la roue du cercle nous entraîne.

Le mono pyramidal et la diversité circulaire

Nous venons de voir qu’un homme seul ne gouverne jamais, il dirige ! Aussi bien au niveau politique qu’économique, nous sommes encore à l’aire du mono (culture, pouvoir, etc.) qui menace la diversité, tant au niveau éco-social qu’éco-culturel : la diversité n’a du reste pas besoin d’être accolée à bio, la vie (bios) lui est consubstantielle. Ici, l’on pense aux désastres de la mono-culture, mais aussi au refus des mixités des populations : la mise en avant de l’identité nationale, de même que l’expulsion des Roms, illustrent particulièrement bien l’aberration éco-humaine. On voit bien ici que la diversité effraie certains et qu’ils sont loin d’en percevoir la ressource, donc la richesse.

C’est précisément là que s’articulent gouvernance et écologie, car un système pyramidal ne peut pas être écologique. Un gouvernement qui n’interroge pas les fondamentaux du système pyramidal ne sera jamais écologique, et ce quoi qu’il prétende réformer ou mettre en place. C’est bien au cœur même du processus de gouvernance que l’écologie doit pulser. L’écologie est l’oxygène dont a besoin ce nouveau cœur pour battre au sein de la nouvelle humanité. Les sociétés qui en émergent ont et auront le sang revivifié par leur intelligence du corps humain (et donc sociétale), car la santé de l’un ne va pas sans celle de l’autre.

Méthode ou processus

Là où la pyramide est le modèle d’un système, d’une méthode dans l’objectif de, la gouvernance écologique est un processus actif sans autre souci que le respect de l’intention posée au centre. La méthode est une voie tracée d’avance qui ne laisse place ni à la créativité, ni à la rencontre, ni à la transformation. Elle a un objectif et ne s’intéresse qu’au but. Le processus quant à lui avance vers, il est en marche, en mouvement. L’objectif est la condition de la méthode (la fin justifie les moyens) alors qu’il est le résultat d’un processus. Ce qui importe pour le processus, c’est comment je vais, alors que pour la méthode, c’est où je vais.

Le processus de gouvernance n’est pas au service de l’ego mais d’une intention-projet. Cela change beaucoup le rapport au désaccord : là où l’ego ressent le désaccord comme une opposition et un contre-pouvoir menaçant, l’intention s’enrichit de la diversité des points de vue. Un cercle avec un seul rayon relié à un seul centre s’appellerait une ligne.

Là où la pyramide élague pour se glorifier en un point, les cercles recyclent et permettent de renommer les déchets en ressources, qu’ils soient humains (chômage, exclusion…) ou matériels (déchets).

Dire que l’on peut recycler dans un système pyramidal est un oxymoron. On peut tenter au mieux d’introduire de la circularité dans des parties de la pyramide qui, dès lors, échapperont tout naturellement à son système. A mon sens, la coexistence de ces deux structures ne coule pas de source tant la pyramide redoute la force et la concurrence du recyclage comme un contre-pouvoir.

Mais je peux me tromper et sans doute faut-il faire confiance à l’énergie vivifiante du cercle pour recycler les divers éléments de la pyramide, surtout les frustrations et les souffrances. Alors d’accord ! Essayons ensemble de remettre respectueusement de la circulation, de dynamiser la matière jusqu’à ce que la forme même de la pyramide s’assouplisse dans un doux effondrement. Laissons être le devenir dans la bienveillance et la joie. Qui sait ? L’amour sera peut-être tenté de nous rejoindre.

La gouvernance écologique : une organisation amoureuse de l’humanité

Elle fait tenir ensemble les je qu’elle transcende dans un nous respectueux de la distance (la différence), et ce, grâce à la chaleur du lien qui fait de l’autre mon semblable et mon ami. Elle met en mouvement les différences dans la douceur sécurisante d’une seule et même humanité.

Cette personne est noire (différence) et elle est un humain (comme moi). Cette personne a des particularités masculines ou féminines et en même temps nous avons en commun le reste du corps. Il est absolument essentiel et urgent de s’appuyer sur les similitudes et non sur les différences pour se lier aux autres. C’est seulement à partir de cette similitude sui generis (que je vis dans mon corps et que, par mimétisme ou projection, je suppose à l’autre) que la confiance peut s’installer.

J’aurais de la difficulté à me sentir en sécurité avec un invité qui se mettrait à dévorer la table quand nous sommes tous en train de trinquer au champagne. Cette différence irréfragable me ferait de facto douter de l’humanité de l’autre. En proie à la panique, je serais tentée de jeter l’intrus hors de chez moi, sans doute manu militari. On est décidément peu de chose sous l’emprise de la peur. La similitude sécurise. Il est nécessaire, pour rester serein, de conserver ce repère et de retrouver du semblable, non pas à la place mais au-delà de la différence. Être indifférent (in-différent), c’est ne pas reconnaître l’humanité de l’autre à travers sa différence. La particularité recouvre la plus riche humanité derrière un voile translucide. Encore faut-il ne pas le regarder à contre-jour.

La roue de la gouvernance écologique in-voque la paix Kantienne ("Vers la paix perpétuelle"). Elle tourne l’appel (vocare) vers ce lieu replié en chacun de nous où les fondations de la paix s’élaborent en toute sécurité. La paix est une alliance à soi, consentie dans l’intégralité de son corps, non une soumission à une partie de soi gouverné par une autre (le mental par exemple). En cela le cercle renvoie à la consultation intérieure et encore une fois de plus à l’écoute de soi. Le cercle nécessite la con-vocation de son peuple intérieur pour poser au centre du premier de tous les cercles : la gouvernance écologique de soi !

Adèle Côte 26 août 2010

Relecture et conseils Céline Cavagnac

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